« Un droit de la nation pour arrêter l’immigration de masse » – Entretien du 26 mars 2019

Le Point : Sur les migrations, l’une des propositions fortes du programme LR aux européennes consiste à vouloir renvoyer les bateaux de migrants au port d’origine. Mais cela se heurte à deux principes internationaux : le non-refoulement des demandeurs d’asile et l’obligation d’une escorte maritime jusqu’au « port sûr le plus proche ». Comment, concrètement, allez-vous lever ces obstacles ?

Guillaume Larrivé : La routine juridique est un défaitisme auquel je ne me résous pas. Ouvrons les yeux ! L’application classique du droit international conduit à un désastre absolu : 18 000 personnes sont mortes noyées, ces cinq dernières années, en tentant de traverser la Méditerranée pour rejoindre l’Europe. Comment donner un coup d’arrêt définitif aux filières de passeurs qui exploitent la détresse des migrants ? À l’évidence, nous devons inventer un nouveau droit international à l’échelle euro-méditerranéenne.

Oui, nous avons besoin d’un nouveau cadre juridique multilatéral, propre à Mare Nostrum, apte à relever intelligemment et humainement le défi de l’immigration. C’est pour sauver des vies que les demandes d’asile vers l’Europe doivent être examinées en amont de l’immigration, sur la rive sud de la Méditerranée. Soyons inventifs ! Pour cela, travaillons franchement avec les États partenaires de la Méditerranée. Nicolas Sarkozy en avait eu l’intuition assez géniale, il y a plus de dix ans, en lançant l’Union pour la Méditerranée. Tout cela s’est, hélas, perdu dans les sables. C’est à notre génération de reprendre le flambeau.

Et quand vous proposez la création de centres internationaux d’étude de l’asile, notamment situés sur la rive sud de la Méditerranée ou au Proche-Orient, n’est-ce pas ce que l’Union européenne a déjà proposé, les « hotspots », et qui ont été refusés par les pays de la rive sud ?

Non, car notre vision est bien plus volontariste : les centres internationaux d’étude de l’asile, sur la rive sud de la Méditerranée ou au Proche-Orient, devront être plus que des « hotspots ». Les personnes qui débarqueraient directement en Europe ne verraient plus leur demande d’asile instruite, puisque l’examen par les centres internationaux ou par nos consulats deviendrait obligatoire. Oui, ce serait une révolution juridique. Je ne dis pas que cela pourrait se faire dans la demi-seconde, mais on ne doit pas avoir peur de lancer ce chantier euro-méditerranéen titanesque pour en finir avec la lâcheté et la fausse générosité du système actuel.

Aujourd’hui, les vrais réfugiés – ceux qui ont vraiment besoin de l’asile politique – vont, hélas, se mettre dans la main des passeurs, se faire dépouiller par des mafieux et prendre la mer sur une embarcation de misère au risque d’y périr. Il faut bâtir une alternative ambitieuse, portée par une volonté continentale : les futurs centres internationaux d’étude de l’asile en sont une. Pour réussir, il faut autant de créativité juridique que de volontarisme politique. Et j’admets volontiers qu’il s’agit davantage d’un projet devant être porté par les chefs d’État et de gouvernement que par les députés européens. Si nous ne voulons plus que la Méditerranée pleure des larmes de sang, nous n’avons pas le droit d’échouer !

Angela Merkel prône la mise en place d’une filière de migration économique légale, forcément bien encadrée. En France, Fillon avait prôné des quotas annuels votés par le Parlement en fonction des besoins de l’économie… Qu’en pensez-vous ?

Là aussi, cessons de tourner en rond. L’objectif des Républicains, dans la France de 2019, c’est d’arrêter l’immigration de masse. Pour cela, nous avons besoin d’une double frontière, à la fois européenne et nationale. La frontière européenne, nous venons d’en parler : elle devra se concrétiser grâce au nouveau cadre juridique euro-méditerranéen qu’il est indispensable de bâtir. Quant à la frontière nationale, elle dépend d’abord de nous. Il faut rompre avec l’augmentation continue de la délivrance des cartes de séjour et de visas d’installation en France, qui a atteint un record, en 2018, avec 255 000 titres accordés (soit une hausse de près de 40 % en dix ans).

Une vraie rupture est nécessaire, qui passe par la définition d’un plafond d’immigration, c’est-à-dire d’un contingent limitatif, adapté à nos capacités et à nos besoins, à définir chaque année par le gouvernement sous le contrôle du Parlement. Pour que cette nouvelle politique de réduction de l’immigration réussisse, il faudra assumer un vrai dialogue contractuel avec les pays d’origine. C’est le sens de notre proposition en faveur d’un plan Marshall euro-africain de croissance partagée, selon une approche réaliste : il ne faut octroyer ni aide au développement ni visas à des pays d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’Asie qui refusent le retour de leurs ressortissants arrivés illégalement en Europe.

Pourquoi cela n’a pas été fait jusqu’ici ?

Disons les choses : nous venons de vivre une décennie perdue. Je me souviens qu’en 2007-2008, comme ministre de l’Immigration, Brice Hortefeux avait effectué 22 voyages en Afrique pour dialoguer lucidement avec les pays d’origine. Mais le cadre juridique n’a pas été modifié comme il aurait dû l’être, au moment de la révision constitutionnelle de 2008. Ce n’est pas faute d’avoir essayé de le convaincre, mais le président Sarkozy n’est pas allé au bout de la rupture.

Comme responsable politique aujourd’hui, je suis plus que jamais persuadé de ce que je lui disais hier comme conseiller : nous avons besoin d’un cadre constitutionnel nouveau, pour sortir de la logique du droit des migrants au séjour en France, au profit d’un droit de la Nation à arrêter l’immigration de masse. C’est devenu urgentissime. Si on ne fait pas sauter aujourd’hui des verrous juridiques, on restera dans la continuité bureaucratique des années Hollande-Macron, c’est-à-dire dans l’augmentation continue de l’immigration de masse.

Cette non-politique est source de bien des malheurs, pour les Français comme pour les immigrés. Notre pays est devenu un manteau d’Arlequin, déchiré en mille morceaux. À côté des métropoles dynamiques intégrées à la mondialisation, l’immigration de masse alimente des enclaves communautaristes ghettoïsées : ce sont des territoires occupés, à mille lieues de la France des petites villes et villages qui, pour moi, n’est pas périphérique, car elle est le cœur battant de notre pays. La mission de la droite nouvelle, si nous parvenons au pouvoir, sera de réconcilier la France, c’est-à-dire de réunifier la Nation. Si on veut éviter la bagarre sur les ronds-points et préserver la paix civile, réveillons-nous !

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