« Pour en finir avec l'imposture de l'Aquarius »

« Pour en finir avec l’imposture de l’Aquarius »

TRIBUNE – L’entreprise de culpabilisation que mènent les défenseurs de l’Aquarius ne résiste pas à l’examen des faits, argumente le député de l’Yonne (LR)*.

L’Aquarius n’a plus de pavillon, ni celui de Gibraltar, ni celui de Panama. C’est un bateau fantôme, avec un comportement de quasi-pirate. Il ne s’agit pas, pour lui, d’aller se porter au secours de malheureux, mais de perpétuer son activité illégale en s’approchant au plus près des côtes libyennes, pour susciter les départs et conforter le business modeldes organisations criminelles de passeurs. Qu’attend-on pour en finir ?

La manière hasardeuse dont le président de la République traite le dossier de l’Aquarius démontre la lâcheté de sa non-politique migratoire. Récemment, Emmanuel Macron a choisi la pire option, qui consistait à faire semblant de dire non à l’accueil de ce bateau dans un port français tout en disant vraiment oui à la répartition, entre la France, l’Allemagne, l’Espagne et le Portugal, des ressortissants étrangers en situation irrégulière présents sur ce navire.

Peut-on agir  ? Oui, à condition de s’en tenir à une ligne dissuasive

Le message a été bien reçu par les filières de trafiquants : dès que vous affrétez un bateau de clandestins en direction de l’Europe et que vous provoquez un peu de bruit médiatique autour de cette opération, soyez sûrs que des chefs d’État vont organiser eux-mêmes la suite du voyage. Cette attitude est irresponsable. Elle consiste nolens volens à encourager une noria de traversées périlleuses de la Méditerranée, alors même que 1 730 personnes ont déjà disparu en mer cette année.

Peut-on agir ? Oui, à condition de s’en tenir à une ligne dissuasive. Rappelons les faits. À l’été 2017, le gouvernement italien de l’époque avait, à juste titre, obtenu de diverses organisations non gouvernementales (ONG) opérant en Méditerranée qu’elles signent un code de bonne conduite, afin d’obéir – comme l’impose le droit maritime international – aux instructions du centre de coordination de sauvetage compétent : leMaritime Rescue Coordination Centre(MRCC), connu en France sous l’appellation de Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage. L’objectif de Rome était d’éviter que ces navires n’aillent faire des ronds dans l’eau au plus près des côtes libyennes pour susciter les départs et de les amener à coopérer avec les autorités de police et l’agence Frontex afin de faciliter l’identification et l’arrestation des passeurs. Cette politique avait conduit plusieurs ONG à cesser leurs activités en Méditerranée centrale et à la baisse consécutive des départs et des naufrages de clandestins.

Or, un an après, l’Aquarius, dernier bateau d’ONG opérant dans la zone, continue à narguer l’Europe. Il s’est récemment soustrait aux instructions du Maritime Rescue Coordination Centre libyen compétent, qui coordonnait les opérations de secours. L’Aquarius a décidé de faire route vers le nord, en contrevenant au droit maritime international. La reconstitution d’un MRCC libyen depuis le printemps est pourtant l’aboutissement réussi d’un projet lancé par la haute représentante Federica Mogherini, financé par l’Union européenne et appuyé par l’Italie depuis deux ans.

Si le président français avait les idées claires et une capacité de leadership en Europe, le dossier Aquarius serait clos fermement et rapidement  : ce navire sans pavillon doit être saisi

Si le président français avait les idées claires et une capacité de leadership en Europe, le dossier Aquarius serait clos fermement et rapidement : ce navire sans pavillon, dont l’équipage est en infraction avec le droit maritime international, doit être saisi. Les ressortissants étrangers présents à son bord doivent être, non pas répartis en Europe, mais débarqués sur la rive sud de la Méditerranée, dans des plateformes ad hoc.

A-t-on déjà oublié que le Conseil européen de juin 2018 avait apparemment convenu de travailler sur ce concept de « plateformes de débarquement dans les pays tiers », proposition du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés et de l’Organisation internationale des migrations ? Qu’attend-on pour passer de l’esquisse à la réalisation ? De telles plateformes doivent être mises en œuvre – d’abord en Tunisie puis, lorsque la situation sécuritaire le permettra, en Libye.

À cette fin, il est urgent de provoquer une conférence internationale, mobilisant des bailleurs de fonds, pour créer concrètement ces plateformes sur la rive sud de la Méditerranée. C’est à partir de ces plateformes que l’on pourra organiser le retour des clandestins vers leurs pays d’origine, en leur envoyant ainsi un message clair et simple : il est vain de tenter la traversée de la Méditerranée.

Quant aux personnes reconnues comme étant de vrais réfugiés de guerre, elles ont vocation à bénéficier d’une protection. Mais celle-ci nécessite-t-elle nécessairement leur accueil en Europe ? Non, si nous parvenons à ce que les futures plateformes soient conçues, financées et organisées pour être, demain, des « cités internationales d’asile temporaire ». C’est là-bas, sur la rive sud de la Méditerranée, que les personnes réfugiées de guerre bénéficieraient d’une telle protection temporaire internationale : elles seraient ainsi mises à l’abri, jusqu’à ce que l’évolution géopolitique permette leur retour chez elles et, dès lors, leur participation active à la reconstruction de leur patrie.

Le volontarisme est plus que jamais indispensable pour sauver des vies et protéger nos frontières.

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